Chers amis,
Une nouvelle rubrique sur le blog de l'association Davaï est créée. Empruntant son nom à un vers de "L'invitation au voyage" de Charles
Baudelaire, nous avons souhaité donner la parole à nos adhérents qui se trouvent en Russie. Que ce soit pour un séjour touristique, linguistique ou autres, il est toujours intéressant,
enrichissant de connaître les impressions, les réflexions d'un ami ou d'un proche qui, pour quelques temps, vit ailleurs. Russie lointaine qui se rapproche grâce aux mots, aux photos partagés
par le voyageur et qui nous l'espérons inciteront le lecteur à prendre le temps de découvrir ce pays, ses habitants, sa culture, et de les comprendre. Qui sait ami lecteur, si un jour tu vas en
Russie, tu éprouveras peut-être la sensation d'être au pays qui te ressemble ? Nous le souhaitons.
Aujourd'hui, nous vous proposons donc de lire la "carte postale" de notre ami Nicolas Eudine qui se trouve à Tikhvine. Cette ville est située au
nord-est de la Russie à environ 180km à l'est de Saint Pétersbourg. Elle est jumelée à la ville d'Hérouville Saint Clair où se trouve l'association Amitié Solidarité Tikhvine.
Bonne lecture !
Bonjour à vous tous,
Quelques nouvelles de mon séjour à Tikhvine.
J'apprécie de plus en plus cette ville. Elle est vraiment intéressante. Par exemple hier, je me suis promené à l'arrière du monastère, le long de la
rivière. De là où je me trouvais, je surplombais la rivière. Elle serpentait sous un grand soleil magnifique. Un tas de gros cumulus, tout blanc, se mêlait au ciel bleu. Ce ciel occupait 3/4 de
l'espace, et de mon champ de vision. Croyez-moi, c'était assez extraordinaire.
Dans la même journée, Nina, la femme adorable qui dirige la bibliothèque où je donne un coup de main m'avait longuement expliqué l'histoire de
Tikhvine et de son icône. Vassili, le père du terrible Ivan, vint à Tikhvine prier parce qu'il n'avait pas encore d'héritier, malgré toutes ces années. Sa femme peu de temps après tomba
enceinte. Ivan va naître. Et là je me dis que pour la grande histoire c'est bien, mais qu'il a quand même fait pas mal de martyre celui-là. L'inventeur de l'Okrana. L'ancêtre de toutes les
polices politiques du coin. Bon, j'avoue que je suis partagé. Mais puisque miracle il y a...
La construction des quatre monastères. Lieux de culte, mais aussi forteresses censées défendre la ville et la région contre les Suédois qui la
convoitaient. Ce qu'elles feront du temps du premier Romanov. Autre miracle, vu que quelques moines, vieux et bonnes femmes ont, si j'ai bien compris, fait la nique à l'une des meilleures
armées d'Europe de l'époque. Puis, le temps de Pierre le Grand... J'ai voyagé à l'écoute du récit de Nina.
Elle se propose de m'accompagner me balader en ville et de me raconter tout cela un peu plus profondément, en détails, preuves à
l'appui.
Je suis évidemment touché par tant de gentillesse.
(Monastère de Tikhvine où se trouve la cinquième icône sacrée de Russie)
J'ai aussi ré-entendu le récit de ces années terribles du début des années 90, date de mon premier voyage en Russie. Où beaucoup de gens, vu les
retards de salaires de plusieurs mois, ne savaient tout simplement pas comment se nourrir. La débrouille, la démerde. L'entraide. Mais aussi, peut-être surtout, des trucs terribles. Comment ne
pas comprendre que beaucoup, depuis tant d'années, en arrivent à regretter Brejnev ? Je ne juge pas, ne prends pas parti. Comment ? Je comprends. Bon.
Je partage mon temps entre un coup de main à la bibliothèque (traduire des titres de livres français en russe, vu que je n'ai jamais écrit le russe
: c'est pas du gâteau). Un coup de main au monastère de femmes. Je vais y retourner cette semaine.
J'ai aussi fait une intervention à l'école d'infirmière. Pas sûr que j'ai convaincu. Nikolaï m'a dit que beaucoup d'étudiants s'étaient arrêtés au
fait que ma présence ici leur paraissait incompréhensible. Nikolaï m'a dit ça avec un grand sourire, m'a dit aussi que c'était ''leur'' problème (non, c'est aussi un peu le mien, à partir
du moment où j'ai fait cette intervention, fallait faire passer d'autres choses). Le courant passe bien avec Nikolaï. On a discuté politique. C'est un type chaleureux, curieux, passionné. On
discute des défauts ici, mais aussi de l'impérialisme français en Afrique, que je lui dis, bien sûr, ''mais pas seulement'', ajoute-il. Il a bien raison... Si seulement au lieu de faire la
leçon à tout le monde depuis des décennies, on s'était occupé de la poutre qui est dans notre oeil, on se réveillerait un peu moins con aujourd'hui...
Il y a aussi Nadejda qui gentiment m'accompagne pour de grandes balades à travers Tikhvine. De grandes discussions. On n'est pas toujours d'accord.
Et ça c'est bien. Cela taille. Gentiment, chaleureusement... A la russe, un peu.
Voilà, c'était des petites nouvelles.
Je vous embrasse bien.
Nicolas.
(Buste du célèbre
compositeur Rimski-Korsakov, originaire de Tikhvine)
Photos : Nicolas Eudine