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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 12:59

Un autre récit d'un Français qui a "rencontré" la Russie !

Merci beaucoup Jean-Michel pour ce partage de votre histoire !

Armé d'une certaine culture au passé lointain, d'une âme aventurière, toujours à défier, bref je décolle de Marseille, avec des sentiments trépidants et l'envie de voir autre chose que cette Europe emplie d’européens...

Je vais rejoindre ma promise, en terre hostile, selon les propos du monde occidental, avec en tête à me répéter inlassablement ma présentation en espèce de russo-français incompréhensible, tellement mes tripes étaient en ébullitions, une petite phrase très courte mais tellement compliquée à retenir et à lire, frapper en cyrilliques, avec une intonation aux syllabes effacées tout en roulant les R et en avalant certaines lettres comme les britons PWOUAAA «les russes sont costauds». Mais impossible n'est pas français :-)

Mousquetaire

Je reconnais ma tendre au loin dans cet aéroport à la lueur désastreuse, mais je m'en fou, les murs restent des murs. Donc me voilà face à un comité exceptionnel qui m’attend, que je ne connais absolument pas, et qui me galvanise pour ne pas faillir et être présomptueux ou tout autre qualificatif de français arrogant et colonisateur. Je m'approche de papa et dans cette accueil fraternel et chaud, j'essaie de sortir mon patois russo-français sans oser faire un quelconque débordement de sale gestuelle française, mais restant simple. Je constate devant moi un homme d'un certain age, d'une silhouette athlétique au regard ténébreux sans aucun superflu ni comportement hautain et surtout je perçois un homme droit, solide, calme avec des batteuses «mains» puissantes, au grand sourire caché et increvable, ma bien aimé, réservée et somptueuse, sans artifices, à ses cotés, les yeux pétillants de magie... Bref...

Nous prenons la direction de la voiture, et en sortant de l'aéroport mon cœur souffle, la neige, le blanc, le frais, parce qu'à mes yeux il fait frais en Russie, un décor un peu chaotique, mais tellement plein de sensations que mes yeux ne sont pas assez grand pour tout voir.

Nous voici à bord de la Lada kalina la française dont j’ai honte parce que je trouve honteux de faire des voitures aussi spartiates et de les vendre comme produit de luxe européen alors que ça n’est qu'une r12 améliorée, passons... j’intègre une famille très bien, modeste, et simple, alors je ne vais pas faire mon français critiqueur, parce qu'en Russie, on ne critique pas, cela ne se fait pas, on est franc et direct et ça, j’aime et j’apprécie.

Donc, à bord de cette tôle française, nous sortons de la grande ville où tout est grand, très grand ; Montpellier, Marseille etc. etc. semblent ridicules à coté, nous abordons le periph et là tout est écrit en cyrillique, normal nous sommes en Russie !! Le paysage défile dans mon regard, je suis admiratif, des femmes, enfants, hommes, femme avec poussette affrontent ce paysage très neigeux, terne, froid et ou l’on sent aux travers de la gestuelle des personnes une certaine sûreté, chaque mouvement est précis pour ne pas tomber sur la glace, tous les mouvements sont restreints malgré la cadence sûre pour ne pas avoir froid, bien couvert au chaud dans une voiture arborant les premières cités dortoirs de chez nous mais appartements chers pour les russes, je constate avec l’esprit d’un enfant, et la maturité d’un homme, la force de caractère que les français ont perdus, pour affronter ce temps au quotidien pour affronter ce temps arrêté, au bout de la planète, mais je contemple une chose inexplicable, une volonté démesurée, des gens au calme aussi plat qu’olympien, et je vois la robustesse de ce peuple qui remue mes tripes tellement il semble grand et fort.

Mousquetaire

Toujours sur la route, nous sortons de la périphérie pour pénétrer les DATCHA. Ce nom qui me faisait raisonner mais que je ne concevais pas encore, la route devient peu à peu sans ligne blanche de séparation et les voitures doublent de droite et gauche mais papa reste vigilant, très attentif au talus de neige en bordure à l’accent dérapant de la route et aux véhicules qui circulent sans trop de restriction européenne. Soudain un raccourci, nous traversons des hectares de neige sur une piste gravillonneuse et glacée de couche épaisse, le bref instant ou j’avais découvert la voiture à l’aéroport je ne me rappelle pas avoir vu les chaînes sur les roues...? Papa maître de son bolide gère parfaitement la situation, dans l’épais manteau neigeux, sur cette piste complètement instable, je constate alors que de son âge de garde, il pilote comme un pro de formule 1, à maintenir cette taule sur le sol sans écart, sans glissade, wow, papa gère très bien la voiture et je connais peu de français qui savent en faire autant. Dans la frénésie de cette route au paysage immense et poussiéreux et blanc, j’espère voir un élan mais rien, nous croisons d’autres véhicules sur cette piste qui mène à l’au delà et je vois que tout le monde sait tenir sa voiture, et le tout sans chaînes de roue !! Les russes sont des AS de la route .

Nous rejoignons une route après ce long, grand et beau territoire vierge semblable à un immense lac orné de quelques poteaux électriques, et nous voila longeant les broussailles, mais comme je vous l'ai fais savoir, je ne connais absolument rien de cette vie, mon épouse sentant ma stupeur, me rassure un peu en me disant que nous arrivons bientôt. Absorbant les kilomètres en découvrant un paysage boisé, blanc, et sombre puisque la nuit s’empresse, je croise un arrêt de bus à l’allure de cabane de ferraille en tôle ondulée qui probablement date des années soixante dix, de la neige à volonté, avec un jeune homme au gilet playmobile jaune qui gratte le sol pour extirper cette glace boueuse et noire, deux dames, oui des Dames, très élégamment habillées parce que malgré tout les temps, ces dames restent et savent s’habiller avec une très grande classe, un jeune homme en jeans, nous ralentissons pour prendre un chemin sur la droite qui, à la pancarte très sommaire, m’indique que nous pénétrons une DATCHA avec un petit symbole animalier.

Nous voici encore sur une piste plus terroir, semblable à une progression en foret de Fontainebleau, la nuit est noire, les phares de la voiture m’indiquent le chemin de l’inconnu, mais serein, je regarde d’un œil aiguisé la progression dans le jaune des phares, pas de lampadaire public, rien ! de la terre, des broussaille et un AS de la piste enneigée. Soudain un majestueux sapin de plus de sept mètres de noël entièrement décoré avec des peluches neuves et autres petits objets accrochés dessus, avec sa guirlande colorée comme ça, au beau milieu de la pampa, sans aucune dégradation, j’en reste coi.

L’épaisseur de neige qui borde la piste est très dense, et haute, la piste devient exiguë, un sombre manteau nous absorbe mais papa gère malgré la difficulté qui se fait ressentir sur cette petite piste.

Mousquetaire

Soudain les maisons, le décor typique que je découvre de la décoration de ces habitations.

C’est une habitation colorée à la toiture aux formes atypiques, ornée de motifs que je contemple avec passion, et d’autres maisons plus contemporaines, plus humbles mais tout aussi extravagantes, belles et colorés de jaune, violet, bleu etc. etc., c’est extraordinaire, derrière ces broussailles, longeant les routes, se cachent une vie simple, avec de l’amour, à en juger les jardins, avec de la passion à en voir les bâtisses, avec un peu de folie à en voir les couleurs, nous sommes loin des villas contemporaines, mauvais marché français. Nous voila arrivés dans ce qui allait devenir ..?? Le château que je n’avais pas en France, le pont légendaire de la trace de ma vie, le savoir intemporel, la découverte du nouveau monde.

Ma chère et tendre ouvre la porte de la maison, papa à mes cotés, me fait signe d’entrer, une chose à respecter et ne pas omettre, les traditions et les valeurs sont forgées dans ce pays, je passe la porte, enlève mon blindage du froid et là, la statue de la mère patrie, dans ce couloir de petit hall, chaud et habillé de bois, à la lumière tamisée, je retire mes chaussures, papa et la petite sœur se bousculent pour me donner des chaussons et la MAMAN, la statue, bras grand ouverts, le cœur qui est prêt à transpercer le torse pour s’échapper, me parler fort, les yeux emplis de joie et me serre dans ses bras, fort; marraine, à ses cotés, me parle aussi fort et elles me font comprendre que je suis le bienvenu dans leur vie et leur foyer, la petite sœur m’attrape à son tour pour me serrer dans ses bras, je ne parle pas un mot de russe mais je pense que sur mon visage un peu marqué on lisait que j’étais heureux comme un enfant. Qui dévoile son cadeau de noël, un parfum de famille, me pénètre l’âme, quelque chose de bon m'enlace ? et mon esprit s’apaise enfin, aussi paisible que chez mes parents en France si ce n’est plus. Le repas est présenté sur la table harmonieusement, plein de couleurs, délicatement installé dans plusieurs assiettes et plats argentés et très joliment décorés aux ornements de faïence de Russie, les mets simples, frais et goûteux me font voir le travail accompli, les légumes frais au centre de la table, découpés soigneusement, où tout le monde peut se servir, maman et la petite sœur ont passés tout l’après midi à la cuisine, me confiât discrètement ma douce. Papa en chef de table, moi à ses cotés, les dames à nos cotés, je ne touche à rien, maman et marraine qui font que me parler, animées par un enthousiasme démesuré, ma douce qui traduit tant bien que mal, papa de marbre, une bouteille de vin russe sur la table, entre nous, soudain un ange passe et papa lève son verre après nous avoir servi en nous bénissant à sa façon, en nous souhaitant un zasdarovya solennel, j’ose exprimer un nasdrovia d’où ma douce m’intercepte de suite en me rectifiant et m’expliquant la différence. Sans aucune rigueur de ma nouvelle famille, maman et marraine reprenne aussitôt à me poser des questions toujours dans la spontanéité et la frénésie de vouloir m’entendre, ne serait ce que deux mots qu'il m’étaient impossible de sortir, je lâche les brides et avec la complicité de ma douce, je dévoile ma langue française à table, sans restriction, j’investi les conversations avec le gros travail de ma douce qui devait avoir la tête saturée de toute cette traduction sans interruption.

Mousquetaire

Maman qui ne fait que de me resservir dès que mon assiette est vide, des différents plats, des pelmeni, des côtelettes (pas du tout les même qu'en France!!), papa faisant la même chose avec les bouteilles en rationnant les dames, wow, mon estomac va éclater, tellement je mange tout plein de bonnes choses que je découvre avec grand plaisir. Ce somptueux repas touche à sa fin, place au dessert et à ces multitudes de petit gâteaux de toutes les formes et surtout aux petits chocolats russes en losange, enveloppés dans du papier décoré, la petite sœur qui me demande si je désire un thé, que je me délecte sans égard tellement ce goût est unique, je demande quand même un peu d’eau pour faire descendre tout ça !!

Suite à ce repas gargantuesque, je vais fumer une cigarette au dehors de la maison accompagnant papa à moins vingt degrés, c’était mon instant d’homme à homme et même si je me pose cent mille questions sur le comment nous allions communiquer, moi qui ne sortais pas un mot de russe et papa qui ne sortait pas un mot de français et bien je croyais comme dans le film de Bandera, le dernier viking, que la langue allait se dénouer comme par magie, et ben NON ! C’était encore mieux, pas de mots, juste des mouvements, des gestes et une putain de cigarette, nous avons parlé de la neige, du froid, du ciel, un peu du travail de la maison, et la communion était parfaite, notre compréhension, notre désir de découvrir l’un et l’autre, nous avons établi une communication sans aucun moyen technique moderne, à ce moment là, j’étais plongé dans un passé de civilisation hors du temps, j’avais découvert la belle Russie, la grande Russie, la vrai Russie.

Mousquetaire

Voici mon château que Papa et la famille ont construit de leurs propres Mains, j’en suis très fier.

Jean-Michel.

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Published by asso-davai - dans Notes de voyage de Russie
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