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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 11:22

La Fondation Louis Vuitton propose une exposition inédite, la présentation des œuvres du grand collectionneur et mécène russe, Sergueï Chtchoukine, grand amis des peintres de l’art moderne français.

La Fondation Louis Vuitton a inauguré ses majestueux locaux en octobre 2014, il s’agit d’un imposant immeuble, « un navire de l’art contemporain », conçu par l’architecte Frank Gehry (créateur du musée Gugenheim à Bilbao), véritable prouesse architecturale constituée d’armatures de poutrelles enchevêtrées et de larges panneaux de verre assemblés à la manière de vitraux, le tout posé sur un lit d’eau. Geste architectural de facture ultra-contemporaine,  dont les « voiles » ont été  colorisées par l’artiste Daniel Buren dans un second temps. Cet ensemble trouve sa place dans le parc d’acclimatation et de l’exotisme inauguré par Napoléon III en octobre 1860.

 Source : Télérama.fr,  publié le 11/05/2016.
 Source : Télérama.fr,  publié le 11/05/2016.

Source : Télérama.fr, publié le 11/05/2016.

Cette exposition est un évènement, les chefs d’œuvres achetés ou commandés par l’homme d’affaire russe, Sergueï Chtchoukine (Moscou 07/1854 – Paris 01/1936), sont réunis pour la première fois. Chtchoukine a bâti sa fortune sur le négoce du tissu. Cette collection rend hommage aux impressionnistes et à l’art moderne français en général (cubisme, fauvisme) mais surtout à l’un des « plus grands mécènes russes du début du XXème siècle, Sergeï Chtchoukine, collectionneur  « visionnaire » de l’art moderne français ».

Il a été très difficile de reconstituer le parcours de cet homme considéré comme un génie ou un fou, qui collectionne les unes après les autres des œuvres à rebours des traditions russes et contre son milieu. Il écrira à Matisse en 1910, « On dit que je fais du tort à la Russie, à la jeunesse russe en achetant vos tableaux. J’espère vaincre un jour mais il faudra quelques années de lutte », Chtchoukine parle parfaitement le français. Il est présenté comme un homme aimable, bavard bien que souffrant de bégaiement. Il aurait été végétarien. Cet homme a fait l’objet d’un tabou en Russie de-là la grande difficulté à reconstituer sa vie et son œuvre. Il a dû fuir la Russie après 1917 laissant derrière lui son musée, le 1er musée d’art moderne au monde !

©ADAGP, Paris 2016. Photo : Musée d’Etat de l’Ermitage Saint-Pétersbourg, 2016.

©ADAGP, Paris 2016. Photo : Musée d’Etat de l’Ermitage Saint-Pétersbourg, 2016.

Cette exposition rassemble quelques 130 chefs d’œuvre des maîtres impressionnistes, post impressionnistes et modernes des plus emblématiques. Chtchoukine a acquis par exemple un tableau que les Français jalousent aux Russes, Le déjeuner sur l’herbe de Monet. Il aimait Cézanne (représentations de la montagne Sainte Victoire), il était un ami personnel de Matisse, Les danseuses, Les poissons rouges, Monet, Degas, Gauguin  Eh, quoi, tu es jalouse ?, Picasso dont il avait plus de 40 toiles et lui avait consacré un cabinet particulier dans son Palais. L’exposition se poursuit par la présentation d’œuvres de peintres russes. On rencontre des toiles de Malévitch, de Rodtchenko, de Popova, de Klioune notamment. Toutes les salles d’exposition de la Fondation ont été nécessaires pour présenter les œuvres à la manière de leur accrochage originel chez le mécène à Moscou dans les différentes pièces de son palais Troubetskoï.

 

La collection Chtchoukine est, par elle-même une œuvre d’art majeure de l’histoire de l’Art Moderne, que le collectionneur destinée à la galerie moscovite, Trétiakov, du nom de son créateur pour compléter la collection de peintres étrangers de S. M. Trétiakov. L’œuvre de Chtchoukine a exercé une véritable fascination sur les contemporains du grand ami des peintres français et a été un lieu de d’apprentissage pour les peintres russes de l’époque qui pouvaient venir y puiser inspiration et technique. Nationalisée et dispersée, elle s’est trouvée divisée en deux et présentée incognito au musée d’Etat de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et au Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou.

L’exposition s’ouvre par des autoportraits de « géants » de la peinture puis on nous entraîne dans une salle obscure où dialoguent le mécène et les artistes. Chtchoukine était parfaitement francophone. Il nous apparaît comme un petit homme aux yeux rieurs et aux grosses moustaches. Il n’est pas présenté comme quelqu’un ayant beaucoup de charisme mais quelle détermination dans sa démarche, quelle certitude dans son bienfondé et quel appétit pour les formes picturales nouvelles. Il les aimait les artistes et il leur accordait toute sa confiance. Par ses commandes, il a favorisé la création de nombreux peintres français. Il a favorisé le dialogue et les échanges entre créateurs français et russes.

La scénographie de visite de la collection reprend l’enchainement des pièces thématiques de la résidence de Chtchoukine, le Palais Troubetskoï. On peine à imaginer dans le confort d’un palais de facture classique l’amoncellement de peintures aux couleurs chatoyantes et bigarrées, aux sujets audacieux et « inadaptés » pour l’époque ; la nudité stylisée présente dans les toiles de Matisse est totalement réprouvée à l’époque en Russie par exemple, le collectionneur lui-même se fait violence avant d’adhérer à cette nouvelle suggestion du corps dans l’art.

La salle Matisse (Le salon rosse) au Palais Troubetskoï, début 1920 ©Moscou, Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine. Photo © Musée d’Art Moderne Occidental, Moscou.

La salle Matisse (Le salon rosse) au Palais Troubetskoï, début 1920 ©Moscou, Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine. Photo © Musée d’Art Moderne Occidental, Moscou.

Chtchoukine ne peint pas mais éprouve manifestement la même passion que le créateur en collectionnant et à constituant une œuvre à transmettre aux générations futures. Ce personnage est captivant, il s’inspire du travail d’autres collectionneurs qui lui sont contemporains : un russe Morozov qui achète plutôt des œuvres qui l’émeuvent pour se constituer un musée personnel, les Stein qui sont davantage dans une approche pédagogique de la peinture à travers une collection et, qui achètent parfois contre leur goût voire pour choquer. Chtchoukine est peut-être dans un entre-deux. Il forge ses goûts dans un dialogue constant avec les artistes, avec les acheteurs et, espère acclimater progressivement ses contemporains à la nouveauté de l’expressivité dans la peinture occidentale. Il ouvre les portes de son palais dès 1907 aux peintres russes, il semble certain de ses choix pour constituer son œuvre.

Je ne peux que vous conseiller d’aller parcourir ces salles et ces toiles et de vous inspirer de la passion sensible de ce petit homme, grand mécène de l‘art moderne français.

A découvrir ou revoir jusqu’au 20 février 2017! Je vous conseille fortement de réserver votre entrée à l’avance, pour autant cela ne vous évitera pas totalement des files d’attente à l’intérieur du bâtiment!
Réservation et information sur
www.fondationlouis.vuitton.fr

La Fondation est amarrée dans le jardin d’acclimatation dans le Bois de Boulogne (16ème arrondissement) – ligne 1 du métro, station Sablons (si vous arrivez à la Défense par le bus, c’est tout près !!!)

Pour aller plus loin et pour s’imprégner du génie de Chtchoukine, voici un lien vers un petit film proposé par la FLV - http://www.fondationlouisvuitton.fr/evenements--radio/serguei-chtchoukine-le-roman-d-un-collectionneur.html

Cécile Milcent

Dans votre lancée à Paris, le Centre Pompidou présente un évènement Kollektsia : l’art contemporain en URSS et en Russie de 1950 à 2000, jusqu’au 27 mars prochain. Je n’avais pas l’information, dommage ! J’avais opté pour un autre continent avec une exposition tout aussi passionnante et déroutante présentée à l’Orangerie dans le jardin des Tuileries, La peinture américaine des années 30 que je recommande fortement. Le célébrissime tableau, icône de la peinture américaine, American Gothic 1930, de Grant Wood  y est présenté pour la 1ère fois en Europe !
Paris reste tout de même Paris !

 

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commentaires

Pascal 02/12/2016 13:47

merci Cécile, c'est super intéressant et très beau tout ça !

Milcent Cécile 06/12/2016 19:16

Les expo dont je parle sont "accrochées" pour un moment encore....Peut-être pourrions-nous nous organiser une petite virée parisienne pour profiter toutes et tous ensemble de nos impressions?

Cécile

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