Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 17:49
Le cinéma russe renferme des joyaux malheureusement ignorés du public français.
 
Le cinéma russe était célébré à Honfleur pour la 20e année consécutive à l’occasion de son festival qui s’est déroulé en novembre dernier. Tout au long de ces années, de grands noms se sont succédé derrière la caméra et en tant que membres du jury pour désigner les meilleures réalisations. Pourtant la diffusion du cinéma russe en France reste confidentielle. Jusqu’aux années 1990, le cinéma russe et soviétique était l’un des plus importants d’Europe. Il suffit de citer les noms d’Eisenstein et de Tarkovski pour mesurer le degré de qualité et de recherche plastique de ce cinéma. La disparition du bloc soviétique a généré un problème de financement des studios de production nationaux (MOSFILM, LENFILM, GORKI FILM, …) Seuls quelques grands réalisateurs, à de rares exceptions, comme Nikita Mikhalkov, Pavel Lounguine, Alexandre Sokourov, Andreï Zviaguinstev, tous reconnus par leurs pairs dans les grands festivals de films européens au cours de ces 20 dernières années, ont pu voir leurs films traduits et diffusés sur les écrans français.
 
Des membres et ami-Es de l’association DAVAÏ ont eu la chance de pouvoir participer à un voyage collectif organisé le jour de clôture du festival pour profiter d’une journée « particulière » - pour voir les films primés, écouter un spectacle de poésie russe sur le thème de l’amour proposé par l'actrice russe Ella Gontcharova, et rencontrer un artiste dont on peine à réaliser quelle fut sa vie. Nikolaï Dronikov, un peintre impressionniste exposé à la galerie Danielle Bourdette-Gorzkowski à Honfleur a connu, fréquenté et tiré le portrait de tous les grands noms de la dissidence russe du XXe siècle.
          
(réalisation de la vidéo : Philippe de la Caze)
J’aimerais vous porter témoignage d’un « clin d’œil » du cinéma russe fait au cinéma soviétique par Viktor Shamirov réalisateur d’un des films primés cette année, Voilà ce qui m’arrive ("Со мною вот что происходит"). Le titre constitue en lui-même un clin d'oeil.
Il existe un film culte réalisé en 1975 par Eldar Riazanov, figure emblématique de la comédie soviétique, Ironie du sort ou С лёгким паром que je ne me risque pas à traduire, c'est la "russian touch" (la vapeur qui exhale du corps après le bain). Ce film continue d’être vu chaque nouvel an par des millions de téléspectateurs ; c’est un des rendez-vous en famille au moment des fêtes !
 
Premièrement, dans ce film (Ironie du sort), le réalisateur souligne de manière ironique un fait de société. Il nous propose, en zakouski, un petit film d’animation qui met en scène l’uniformisation massive de la construction soviétique de l’époque. Ainsi toutes les banlieues des grandes villes sont construites sur le même modèle, mêmes immeubles, mêmes noms de rue, mêmes parcs pour enfants, mêmes kiosques au coin des rues…véritable capharnaüm dans lequel les habitant-Es eux-mêmes ont du mal à se retrouver.
     
Deuxièmement, il fait référence à une tradition russe. Entre copains au moment du nouvel an, on va au bania (c’est à dire au sauna russe) où on emmène outre les branches de bouleaux fraîches pour se fouetter le corps, force bouteilles de vodka, bières et autres liqueurs.
L’histoire, construite sur le stratagème d’une blague entre copains, peut commencer. Le plus réservé des copains, Génia, un jeune médecin moscovite, pas encore marié qui vit avec sa mère, va être envoyé alors qu’il est soûl à Leningrad ! Un chauffeur de taxi va le conduire à l’adresse qu’il indique, 3e rue des Constructeurs, immeuble 25, appartement 12. Avec un peu de mal, il arrivera à rentrer dans l’appartement et à se coucher. La véritable propriétaire, Nadia, professeur de littérature à Leningrad, rentre chez elle et va découvrir cet individu ivre chez elle, alors qu’elle attend son fiancé. Et cela donne une comédie romantique fameuse, parsemée de chansons interprétées alternativement par Génia et Nadia sur les thèmes de l’amitié, de l’amour, …un véritable conte de fées moderne rempli de scènes cocasses, de dialogues drôles, d’attendrissements, d’attentes angoissées… « La vie » dans le microcosme d’un appartement en cours d’aménagement perché en haut d’une tour. Génia et Nadia, qui ont des difficultés à trouver chaussure à leur pied, vont se chanter des chansons et s’aimer comme au temps des amours courtois….
 
Eldar Riazanov pour faire rire ou pour attendrir les spectateurs joue sur les clichés. Par exemple, la femme russe belle, cultivée, sensible, sachant jouer de la musique et chanter des poèmes magnifiques des poétesses Tsvetaeva, Evtouchenko, Akhatovna… L’actrice est doublée par Alla Pougatcheva, monstre sacré de la chanson soviétique. Le jeune homme russe, intellectuel, dévoué à son pays, attaché à sa mère, assez réservé qui a de la peine à s’affirmer ou, son opposé, un homme qui sait ce qu’il veut dans la vie et comment y parvenir, emporté voire violent, qui veut une femme pour parfaire le tableau de sa réussite sociale.
 
Dans son film dont le titre n’est autre qu’une des chansons chantées par Génia dans le film Ironie du sort, « Voilà ce qui m’arrive », Viktor Shamirov choisit de mettre en scène deux frères que tout oppose la veille des fêtes de fin d’année. La plupart du temps, ils sont à l’arrêt dans des embouteillages monstres à Moscou et sont coincés dans l’habitacle d’un 4x4. C’est l’état de santé de leur père qui arrive à la fin de sa vie qui les a réunis à la capitale. Sania est l’aîné, il doit absolument rentrer dans sa ville natale pour partager les fêtes avec sa femme, ses enfants et ses parents. Peu soigné, il est rêveur, c’est l’intellectuel que personne n’écoute, il veut faire de son mieux mais semble toujours décalé. Le cadet, Artiom, c’est le bel homme, d’allure sportive, habillé à l’occidental façon La City, il est avisé, réfléchi, rationnel, il travaille dans les affaires. Il connaît Moscou comme sa poche. Il n’est jamais pris au dépourvu ; il peut tout régler ; rien ne lui semble impossible.
 
so4 
L’aîné n’arrive jamais à temps nulle part, à l’aéroport ou au train express qui l’emmènerait à l’aéroport. C’est un « homme de trop » qui reste coincé dans un lieu où il n’a rien à faire et à un moment tout à fait inopportun ; il dérange son frère qui prépare une soirée manifestement cruciale pour lui. Le cadet compose toujours malgré les éléments inopportuns ; il fait face ; il sait s’adapter. C’est un homme moderne que rien ne désarçonne.
Là où l’histoire devient cocasse, c’est quand on comprend qu’Artiom et ses associés se disputent la répartition de chansons qu’ils souhaitent interpréter pour leur patron lors d’un gala où ce serait l’occasion de se faire valoir. Le répertoire est composé des chansons du film Ironie du sort qui, mal interprétées et hors contexte, deviennent drôles. C’est un clin d’œil amusé du cinéma russe au cinéma soviétique qui se place dans la tradition de la comédie soviétique. C’est un film qui s’amuse des genres cinématographiques comme le couple formé par deux frères que tout oppose. C’est un film dont la personnalité des protagonistes s’appuie sur des personnages littéraires qui ont façonné la littérature de la fin XVIIIe et du XIXe siècles ; l’homme de trop opposé à l’homme nouveau.
     
Et je n’ai pas encore parlé de tous les à côtés du film dont on peut faire une lecture plus sociologique et psychologique. Les deux frères dans leurs tours et détours vont prendre en charge une adolescente : la fille de la voisine. Celle-ci essaie de se remettre en ménage avec un homme et, chaque fois, le résultat semble être la violence dont la fille essaie de se protéger. L’ado cherche à rejoindre son père pour les fêtes. Celui-ci a refait sa vie avec une femme plus jeune qui ne veut pas recevoir cette belle-fille pour le réveillon. C’est cruel pour cette jeune fille qui est bien obligée de se faire une raison.
 
film russe 
Il y aurait beaucoup à dire des portraits de femmes du film : ils sont truculents, de la gentille maman de Sania et Artiom, à l’épouse autoritaire et castratrice de Sania en passant par la maîtresse d’Artiom qui est prête à beaucoup de sacrifices et qui au final se fait jeter ! Et que dire du rôle de père : mourant, absent ou désavoué.
 
Ce petit film drôle par bien des aspects nous décrit une société dans laquelle les couples et les familles ne vont pas bien. Mais pour autant les traditions se perpétuent ! Les protagonistes iront finalement boire le champagne sur la Place Rouge pour fêter l’arrivée de la nouvelle année en famille, une famille recomposée par les circonstances.
 
Cécile Milcent.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Contactez-nous

Courriel : asso_davai@hotmail.fr

 

Association Davaï

Maison de quartier de Venoix

18 avenue des chevaliers

14000 Caen

 

Si vous souhaitez adhérer à notre association et obtenir plus de renseignements, écrivez-nous.

Tarif normal : 15€/an

Tarif réduit (pour les étudiants et les demandeurs d'emploi sur présentation d'un justificatif): 10€/an

 

Bulletin d'adhésion (à télécharger)

 

Site : http://assodavai.wix.com/associationdavai 

Facebook http://www.facebook.com/assodavai 

Twitter : https://twitter.com/#!/AssoDavai

Agenda

Cliquez sur le lien pour consulter l'agenda :

http://assodavai.wix.com/associationdavai#!agenda/cee5

Cours de russe

Si vous souhaitez apprendre le russe ou approfondir vos connaissances de cette langue, Nadejda Stettler donne des cours pour adultes au

Centre d'animation La Prairie

 

11 avenue Albert Sorel

14000    Caen

02 31 85 25 16

centreanimationprairie@wanadoo.fr

Quatre niveaux différents.

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -