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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 11:14

Chers lecteurs !

Nous vous proposons aujourd'hui un autre article, écrit par Philippe Surville après le festival des films russes à Honfleur. Merci Philippe de ce partage !

A lire et à voir !

La 22ème édition du festival du film Russe de Honfleur que nous avons pu apprécier une fois de plus grâce à Davaï, notre association favorite, s’est révélée encore pleine de surprises. Cette année, en dépit des très beaux films d’auteurs Russes que j’ai pu visionner, c’est paradoxalement d’un film Italien dont je voudrais vous entretenir, je veux parler de « Jean-Paul II, Saint et Homme » d’Andrea PORPORATI, présenté en avant-première. Si ce film fut inscrit au programme du festival, c’est que son interprète principal, dans le rôle de Jean-Paul II n’est autre que le grand Aleksei GUSKOV, acteur formidable que j’avais découvert dans « 4 jours en Mai » en 2013. Nous avons eu la chance de le découvrir en chair et en os, venu présenter lui-même le film avant la projection (pamoison des dames, off course : il est aussi beau, ténébreux et impressionnant que sur l’écran, mais aussi d’une gentillesse et d’une humilité étonnantes). Aleksei semblait encore habité par ce rôle exigeant. Le film conte une histoire authentique : après sa tentative d’assassinat en mai 1981 Jean-Paul II, grand sportif et montagnard avait décidé de prendre des vacances à la montagne pour se refaire une santé au grand air, en grand secret, loin des foules. Le Vatican avait choisi un refuge dans les alpes, tenu par la famille de Lino Zani, jeune guide de haute montagne. De 1981 à 2005 Jean-Paul II viendra régulièrement skier et randonner en compagnie de Lino, qui deviendra peu à peu son ami, son confident même.
Aleksei GUSKOV : Pape et Acteur, une même ascension spirituelle.
Mais Lino vit un drame intime, il est partagé entre son amour de la haute montagne, ses rêves de conquête de l’Everest et son amour pour Angela, brillante avocate Milanaise mais mariée et mère de deux enfants. Aux yeux de son illustre ami, Lino vit dans le péché, mais l’amour presque paternel que lui voue le Pape, transcende cette situation. Ne dévoilons pas l’intrigue et sa fin (authentiques). Réalisé pour la télévision Italienne, ce film qui ne peut être qualifié de chef d’œuvre bien sûr, car il conserve une mise en scène classique et grand public, vaut cependant la peine d’être vu, notamment pour l’interprétation réellement étonnante d’Aleksei Guskov qui a su si bien endosser son personnage, qu’on ressent dans chacun de ses gestes et de ses regards toute l’humanité et la spiritualité du défunt Pape. Même son timbre de voix et son débit ont parfaitement été rendus par l’acteur. Sans doute, les origines Slaves communes du personnage réel et de l’acteur ont-elles été pour quelque chose dans cette formidable osmose. Au point qu’on regrette que le film ait fait la part trop belle à l’intrigue amoureuse de Lino, alors que Guskov aurait pu porter sans effort tout le film, et même une vie complète de Jean-Paul II. On en redemande !
Lors d’une randonnée en montagne, Lino, troublé, avoue au Pape son manque de foi. Il lui demande ce qu’est la foi. Suit un gros plan extraordinaire du visage de Guskov, où se lisent, mêlées et indissociables la tristesse mais aussi l’immense compassion du Pape pour le jeune homme, qui est presque comme son fils. Suivent un mot et un geste que je ne dévoilerai pas, qui donnent à la question du jeune homme une réponse magistrale de force et de simplicité. Rien que ce plan vaut la peine de voir ce film et de découvrir le génie de Guskov, et l’humanité extraordinaire de son modèle. Guskov a avoué lui-même être profondément remué par ce rôle d’une intensité rare, son émotion était encore visible sur la scène à Honfleur.
Bien sûr le film a également d’autres attraits : la beauté épurée des paysages de haute-montagne et de la neige, et aussi également (pour les dames) la beauté et l’excellent jeu de l’interprète de Lino Zani : Giorgo Pasotti auquel je prédis un très bel avenir.
En un mot comme en cent, courrez-y lors de sa sortie officielle, vous passerez un bon moment.
Philippe Surville

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 15:57
Film "Le pays des enfants sages" d'Olga Kaptur
Le festival du film russe à Honfleur est devenu un rendez vous incontournable pour notre association. C'est l'occasion de se retrouver entre russes, français et franco-russes, une cinquantaine de personnes dans le bus spécialement affrété pour ça. Et passer la journée de clôture à découvrir des films primés mais rarement distribués en France.
Comme les années précédentes, je n'étais pas déçu. On y voit souvent des films très denses par le propos et les émotions, parfois bouleversants. Cette fois, je veux vous parler d'un film plus léger opportunément placé entre 2 œuvres plus lourdes, voire plombantes ("Classe d'insertion" et "Leviathan").
Ce film, en effet, est un conte de Noël d'Olga Kaptur.
Ça commence par une petite fille qui fait exploser le sapin de Noël le soir du réveillon. Ses parents, excédés par les bêtises de la petite malicieuse, font le vœux, au douze coups de minuit, d'avoir enfin un enfant sage...
A partir de là, nous entrons dans un conte surréaliste, plein de délire et second degré. Car une fille sage est en effet livrée le lendemain matin chez les parents tandis que la "sale gamine" se retrouve ailleurs.... au pays des enfants sages, là où elle sera "reconditionnée".
Il y a deux mondes parallèles : celui des mauvaises habitudes (le notre) et celui des enfants sages.
On se moque ici des régimes trop normalisés, planifiés, uniformisés.... et on pense forcém
ent au système soviétique.
Vous l'avez deviné, la fille sage est parfaite, mais trop parfaite ! ...et notre chipie, elle, ne se laisse pas laver le cerveau !
Ce conte pour enfants, je l'ai trouvé très drôle et aussi plus intelligent que beaucoup de films pour les grands ! ;-)
J'ai pensé à Tim Burton et aux comédies américaines légères avec quelques gags et des effets spéciaux rigo
los.
Les autres films (j'en ai vu 4 en 1 journée ! 2 drames / 2 comédies , un bon équilibre) - m'ont bien plus aussi , et vous ? .... A vos stylos !....
Poka poka...
Pascal Coquerel

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 10:54
« Stalker » des frères Strougatski : une œuvre prophétique ?
En 1972 dans la revue soviétique Avrora, deux frères, Arkadi (1925-1991) et Boris (1933-2012) Strougatski publiaient un roman écrit à quatre mains qui allait devenir un chef d’œuvre de la littérature russe et universelle de science-fiction sous ce titre énigmatique : « Stalker » sous-titré «pique-nique au bord du chemin ».
« Stalker » des frères Strougatski : une œuvre prophétique ?
En 1979, Andreï Tarkovski allait adapter ce roman au cinéma, signant par là même ce que d’aucuns considèrent également comme le chef-d’œuvre du réalisateur, parachevant d’accorder au roman un retentissement mondial. En 1986, après la catastrophe de Tchernobyl, les « liquidateurs », hommes et femmes qui payèrent héroïquement de leur vie l’étouffement du réacteur en fusion sous des tonnes de sable, de béton et de gravas, furent connus sous le surnom de « Stalkers ». La fiction était entrée soudain dans la réalité. Mais qu’est-ce qui pouvait rapprocher ce roman étrange et envoûtant de l’une des plus grandes catastrophes nucléaires de l’histoire ? Indéniablement la « Zone », la fameuse zone interdite, dangereuse, voire mortelle qui interdit aux humains tout séjour prolongé dans son périmètre. La Zone est le no-mans’land par excellence. Mais revenons d’abord sur l’intrigue du roman, qui d’une façon métaphorique réside dans son sous-titre apparemment anodin : «pique-nique au bord du chemin ».
De quel pique-nique s’agit-il ? De celui de visiteurs extraterrestres venus sur terre pour un court laps de temps et repartis bientôt sans chercher à interagir avec les hommes, sans se soucier de leur présence. Nul ne sait pourquoi ils sont venus et quelle fut leur mystérieuse activité durant leur séjour terrestre. Ainsi, l’un des scientifiques en charge d’élucider cette question compare-t-il l’activité des hommes avec celle de fourmis visitant après leur départ, une aire de pique-nique abandonnée par les humains, jonchée de substances et de débris incompréhensibles pour elles, et qui au péril de leur vie tentent d’en faire usage. En effet, dans les diverses zones qu’ils ont occupées durant leur courte halte, tel des nomades peu scrupuleux, les visiteurs ont abandonné des objets étranges de toutes sortes, des objets-pièges, des objets-bombes, des objets-miracle fruits d’une technologie inconnue. Leur brève présence à également modifié les lois physiques dans les zones, les semant de pièges invisibles, de substances étranges aux effets souvent mortels pour les hommes et les animaux. Bref, les zones sont devenues invivables. Malgré le danger, les hommes tentent de ramener ces objets fabuleux, convoités par les scientifiques et aussi de riches amateurs de curiosités. Il y a les officiels, les chercheurs patentés qui ne s’aventurent dans la zone que prudemment par le biais de robots et de drones, et puis il y a les clandestins, les « Stalkers » (« Chasseurs furtifs » en anglais) des hommes prêts à tout pour ramener en contrebande ces objets incroyables, vendus à des prix exorbitants au marché noir.
« Stalker » des frères Strougatski : une œuvre prophétique ?
La « zone » décrite dans le roman (l’une des six occupées sur terre par les visiteurs), se situe dans un pays indéterminé, mais qui ressemble assez fortement au Canada, elle englobe une bonne partie de la ville de Harmont, devenue ainsi partiellement une ville-fantôme. Il suffit de lire quelques descriptions de la « zone » pour voir se dessiner sous nos yeux le paysage même de la ville de Pripiat, abandonnée après la catastrophe de la centrale de Tchernobyl : immeubles vides et rues désertes, avec partout les stigmates de l’abandon, du pillage, de la lente recolonisation par la nature, et surtout l’invisible menace d’un danger omniprésent, radiations mortelles pour Pipriat, pièges extraterrestres pour Harmont. Dans le roman, l’ONU a fait boucler la zone pour protéger les populations, et depuis des décennies, seuls les Stalkers, ces maraudeurs clandestins y pénètrent pour en arracher les secrets. Ils le paient parfois de leur vie, happés ou irradiés par d’étranges substances, parfois ils purgent en prison leur délit de braconnage un peu spécial. Souvent, ils monnayent leur témérité de maux plus étranges : mutilations, mutations génétiques, maladies physiques et psychiques étranges dues aux influences extra-terrestres subies dans leurs périples au cœur de la zone. Tous, pratiquent ce métier suicidaire pour l’argent, car les sommes offertes pour ramener ces objets extraterrestres (des « batteries » inusables, des gadgets animés de mouvement perpétuels, des « bracelets » aux influences psychiques, etc.) sont considérables. Malgré l’interdit de pillage, de nombreuses puissances étrangères son prêtes à payer des sommes folles pour récupérer ces objets technologiques fascinants dont on ignore l’usage, mais dont on cherche partout à percer les mystères.
« Stalker » des frères Strougatski : une œuvre prophétique ?
Redrick Shouart, le protagoniste, est un des meilleurs Stalkers. Ces derniers constituent une confrérie très fermée, solidaire dans le malheur (les morts ne se comptent plus dans leurs rangs), mais ils gardent chacun jalousement les plans de leurs « secteurs de chasse » au sein de la zone. Qu’on y songe : après avoir déjoué les gardes de l’ONU au crépuscule ou à l’aube, les Stalkers pénètrent dans la zone par des passages secrets, puis y progressent pas à pas comme en terrain miné, en semant des boulons sur leur passage, et en sondant le terrain devant eux avec les mêmes boulons ou avec des pierres. Le moindre écart peut être fatal, le Stalker peut être happé par des trous gravifiques invisibles, brûlé soudain par de l’herbe inoffensive en apparence, foudroyé par de mini-orages, haché ou mutilé par d’étranges tourbillons. Chaque pas peut signifier la mort. Si l’argent est le motif apparent, ce n’est pas pour lui uniquement que les Stalkers risquent leur vie. D’ailleurs, il ne faut pas interpréter naïvement le roman des frères Strougatski comme une critique ouverte du système capitaliste (même s’il dénonce les ravages de la corruption, de la spéculation, de l’avidité que provoquent les billets verts…) ni non plus cachée dessous au second degré, une attaque voilée contre le régime soviétique comme s’empressèrent de l’écrire ses premiers exégètes occidentaux. Non, les Stalkers, qui sont des hommes simples, des sortes de héros du quotidien, mettent leur vie en jeu simplement pour s’éprouver eux-mêmes, pour chercher leurs limites, pour défier l’énigme humiliante et cruelle de la zone qui semble faire fi de l’humanité. Dans son ultime voyage au cœur de la zone, ce n’est pas la gloire ou l’argent que Redrick Shouart ira chercher, mais bien plutôt une sorte d’éden, une chance possible de rédemption pour lui et toute l’humanité. Il ne faut bien-sûr pas dévoiler la fin de ce roman admirable, un roman métaphysique qui prend souvent des allures de roman policier ou de roman noir pour faire passer de profondes idées, comme ça simplement au détour d’un dialogue. J’avais à peine refermé ses pages tout récemment, que je ne pouvais m’empêcher de penser que les frères Strougatski avaient prophétisé ce qui adviendrait sur le sol soviétique quelque quatorze ans seulement après, et bien plus tard encore à Fukushima : la Zone, sous ses multiples avatars sortirait hélas de la fiction pour devenir la réalité cauchemardesque que l’on sait : des villes et des campagnes condamnées, la terre souillée pour des millénaires, des morts innombrables, des maladies et des mutations génétiques, etc.
« Stalker » des frères Strougatski : une œuvre prophétique ?
En regardant le documentaire de Christophe Bisson « White Horse » qui montre le retour ultime et douloureux d’un jeune homme, Maxime, qui a vécu enfant la catastrophe de Tchernobyl dans la ville désormais interdite de Pripiat, j’ai songé que lui aussi était devenu un Stalker, venu chercher dans les ruines de la Zone, un objet précieux, un souvenir, un espoir, une raison de vivre. Comme Redrick Shouart, Maxime a bravé la mort pour ramener de l’enfer un morceau d’éden. Pour lui, pour nous, et Christophe Bisson a su merveilleusement filmer cette quête d’un instant, cette quête d’une vie perdue. Maxime est mort peu de temps après.
C’est cela la leçon que nous pouvons retenir des Stalkers d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, qu’ils soient inconscients ou héros volontaires, leur foi en la vie, leur quête d’espoir sera toujours plus forte que la mort.
Philippe Surville

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 11:29
Le Pingouin mélancolique d'Andreï Kourkov
La littérature russe contemporaine, hormis dans quelques boutiques spécialisées, s’affiche assez rarement à la devanture de nos librairies. Plus rarement encore sur les présentoirs des rayons culturels des grandes surfaces. C’est pourtant sur les consoles de l’une d’entre-elles ( je ne la nommerai pas..), que simultanément deux livres de poche mis en évidence attirèrent mon regard. Il s’agissait « Des mondes de Bro » de Vladimir Sorokine et de « Le Pingouin » d’Andreï Kourkov. Moi qui ne suis pas russophone, j’avoue n’avoir jamais entendu prononcer le nom de ces deux écrivains avant cette rencontre inopinée, ni même lu d’articles sur eux ou leurs ouvrages. Que les lecteurs érudits de Davaï me pardonnent ! Peut-être avais-je vaguement ouï parler de Vladimir Sorokine, dont un premier roman avait été édité aux éditions du Seuil, il y a peu. Je ne sais pourquoi mais je me laissais séduire par la couverture engageante du roman d’Andrei Kourkov, lui aussi édité au Seuil, dans la collection « points » représentant sur un arrière plan d’articles de journaux en caractères cyrilliques, la figure bonhomme d’un pingouin, tout de noir et de blanc vêtu comme il se doit. Séduit également par la prière d’insérer, j’achetais illico pour le dévorer tout à loisir ce « Pingouin » prometteur.
Le Pingouin mélancolique d'Andreï Kourkov
Je découvrais ainsi que né en 1961 à Saint-Péterbourg, Andreï Kourkov avait, après ses débuts littéraires en 1991, atteint à la célébrité internationale en 1996 avec ce roman justement traduit en plusieurs langues. Il en a écrit depuis de nombreux autres, et s’est également lancé avec succès dans l’écriture de scénarios pour le cinéma, pour lesquels il a également été récompensé par de nombreux prix. Cela n’est pas un hasard, car ceux qui liront « le Pingouin » comme moi, feront sans nul doute un rapprochement inévitable avec le style du « Géographe a bu son globe », film récemment primé au festival d’Honfleur. Ils constateront que le fatalisme et l’humour des héros des deux œuvres, en font comme des frères jumeaux, à bien des années de distance pourtant. Autre synchronicité, autre coïncidence, Andreï Kourkov vit et travaille à Kiev en Ukraine, ce pays qui est aujourd’hui agité d’une crise sociale et politique sans précédent. L’Ukraine que dépeint Kourkov dans son roman est celle des années troubles qui ont suivi la dissolution de l’URSS, l’accès à l’indépendance et l’intégration dans la CEI. Il fait la peinture d’une société en pleine déliquescence en proie aux mafias et à la corruption généralisée, au marasme économique, à la fin des valeurs, au brouillage des messages politiques, à l’usage banalisé de la violence.
On a déjà lu cela des milliers de fois me direz-vous, mais ce qui fait l’originalité de ce roman sans pareil c’est l’utilisation d’une forme d’humour noir (encore le terme n’est-il pas exact, il faudrait parler d’un ton littéraire nouveau, mêlant humour noir, ironie, fatalisme, humanisme, et désespoir lucide, une sorte « d’humour gris foncé » si vous me pardonnez l’expression). Jugez en plutôt : Victor, le héros, journaliste et écrivain raté de quarante ans, désabusé, revenu de tout et surtout des femmes et de l’écriture, vit avec Micha, un pingouin (un vrai, rescapé de la fermeture partielle du Zoo), dans son appartement de Kiev pour tromper sa solitude. Au chômage, il accepte sans rechigner un travail qu’un patron de presse étrange lui propose : écrire les nécrologies de personnalités encore bien en vie. Victor a été retenu, car il n’écrit avec talent que des textes courts, le roman ou la nouvelle ne lui réussissent guère. La nécrologie devient sous sa plume un genre littéraire à part entière, et par surcroît bien payé. Mais bientôt il découvre que ces personnalités « en sursis » se mettent à disparaître les unes après les autres, quelques semaines seulement après qu’il a remis ses articles à la rédaction du journal d’information qui l’emploie. Ses nécrologies sont d’ailleurs aussitôt publiées. Bien que naïf, Victor comprend malgré tout qu’il est manipulé, mais par qui ? Ces crimes sont-ils commandités par la mafia ou sont-ils des règlements politiques, secrètement ordonnés en haut lieu ? Bien entendu il ne sera pas dévoilé ici la suite de ce roman étonnant qui se lit à la fois comme un polar et comme un roman picaresque, plein de rebondissements inattendus.
Le Pingouin mélancolique d'Andreï Kourkov
Ce qui rend ce roman passionnant est moins le style, très cinématographique, très épuré, descriptif et presque clinique parfois, que l’atmosphère presque irréelle, cocasse et tragique tout à la fois dans laquelle évoluent les personnages de cette société où la violence physique et symbolique est devenue monnaie courante. C’est même le tour de force de ce roman de banaliser la violence quotidienne des mafias, de la police, des services spéciaux, mais aussi des médias avec une sorte de dérision tranquille ; De chapitres en chapitres, la monotonie des faits divers s’installe et nous habitue peu à peu au fatalisme des habitants de ce pays qui cultivent avec résignation l’art de survivre. On boit beaucoup bien sûr, on fume, on profite des petits instants de grâce que le quotidien offre parfois, mais de rêver, il n’en est même pas permis. Pas de descriptions somptueuses, pas d’analyses psychologiques profondes, pas de philosophie, pas d’envolées lyriques, de passions extrêmes ou de personnages tourmentés dans ce livre comme souvent dans les grands chefs d’œuvres de la littérature russe. Peu de descriptions, des notations sèches, des dialogues rapides, Andreï Kourkov n’est assurément pas un styliste, mais son style tient tout bonnement dans une espèce d’intensité émotionnelle que distillent les scènes décrites, qu’elles soient banales ou tragiques. Tout y est décrit avec une froideur, une distance, un humour parfois caustique qui rappellent un peu le non-sense anglais, l’absurde métaphysique. J’ai aussi songé à Chaplin, à certaines scènes de ses films les plus émouvants où le rire côtoie souvent les larmes. Mais si la vie de ses personnages est désespérée (Même le Pingouin est mélancolique comme son maître…), s’ils sont accablés par une sorte de fatalisme, Andrei Kourkov ne manque pas de leur attribuer, comme si c’était tout ce qui leur restait comme inaliénable valeur, après la perte de leur liberté et de leur dignité, une tendresse et un humanisme formidables. Je dévoilerai simplement ce passage poignant, celui de la mort de Pidpaly, le vieux gardien des pingouins du Zoo de Kiev, que Victor vient visiter pour la dernière fois sur son lit de mort, dans un hôpital sans médecins, sans infirmières, sans morphine ni médicaments, agonisant seul, derrière un simple rideau. C’est ce personnage attachant qui exprimera la morale de cette histoire, ayant vécu la plus grande partie de sa vie dans un monde dur, mais relativement stable (de l’après seconde guerre mondiale jusqu’à la chute du régime soviétique) il aura vécu « au moins cinq années d’abondance », dit-il comme il n’y en a qu’une fois par siècle, et il ira même jusqu’à plaindre Victor de lui survivre, prophétisant qu’il ne vivrait pas assez vieux pour voir arriver les prochaines années fastes. Je rassurerai le lecteur à l’avance, la fin de ce roman n’est pas triste. Andreï Kourkov lui a même donné une suite en 2004, dont je suis curieux de connaître la teneur, « Les pingouins n’ont jamais froid ». Je serais curieux aussi de savoir ce qu’Andreï Kourkov ferait dire à son personnage dans le climat de révolte qui secoue aujourd’hui la société Ukrainienne, et la ville de Kiev où il réside. Du moins je le devine car c'est indéniablement un humaniste. Voilà dix-huit ans passés depuis le « Pingouin » : à cinquante-huit ans Victor verrait-il enfin arriver, démentant Pidpaly, l’espoir des « années d’abondance ? » Quoi qu’il advienne, « Le Pingouin » restera un remarquable roman sur la condition humaine, plein d’ironie et de tendresse. Un roman à lire si vous ne l’avez pas déjà fait….
Philippe Surville

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 09:55
Film "La honte" de Yusup Razykov
Une nouvelle fois de plus le festival du film russe à Honfleur nous a régalé cette année avec une saison cinématographique de très grande qualité. Je ne reviendrai pas sur le « Géographe a bu son globe », film qui a amplement mérité son premier prix et que nous avons apprécié tout autant que le jury.
Je voudrais vous parler du second film que j’ai eu l’occasion de voir ensuite et qui mérite lui aussi qu’on s’attarde sur son thème et son esthétique, je veux parler de « La Honte » de Yusup RAZYKOV. Après la légèreté douce amère du « Géographe », « La Honte » nous place d’emblée dans une atmosphère oppressante, au cœur d’une tragédie inspirée du naufrage du sous-marin nucléaire « Koursk ».
L’intrigue se place en effet dans une base de la marine russe située dans la presqu’île de Kola, où vivent les familles des sous-mariniers et quelques militaires. En l’absence des sous-mariniers partis en patrouille, la base-vie de ce port militaire située en un rude territoire polaire, semble livrée à un abandon qui laisse présager une fermeture imminente. Là, en vase clos, au cœur de six mois de nuit polaire par an, les femmes des sous-mariniers tentent tant bien que mal d’organiser la vie collective en l’absence de leurs hommes : coupures de courant et d’électricité, promiscuité, difficultés de ravitaillement leur rappellent quotidiennement le caractère précaire de leur situation. Obscurité, solitude, rigueur du climat, monotonie de la Toundra, et inquiétude quant au sort de leurs maris, ces femmes vivent comme eux dans un milieu confiné, claustral.
C’est là toute l’originalité de ce film d’aborder ce drame historique, sous l’angle d’une magnifique galerie de portraits de femmes russes en proie à la déliquescence de leur milieu social, à la désintégration des valeurs jusqu’au cœur de l’armée, de la marine, autrefois puissante mais elle aussi semble-t-il en proie à une sorte de décomposition. On ne verra pas une seule fois le sous-marin, si ce n’est sous la forme allégorique d’une maquette au fond d’un aquarium d’appartement. A part le gardien de la base et son assistant, un jeune marin qui sert de vaguemestre et d’homme à tout faire, l’univers du film se concentrera sur les femmes.
Film "La honte" de Yusup Razykov
L’excellente Maria Semenova y incarne Léna, une jeune femme récemment mariée à un officier de marine, mariage sans véritable amour qui lui a donné l’occasion de quitter St Pétersbourg, ainsi que son passé tragique (elle a longuement assisté l’agonie de sa mère). Mais l’absence de son homme et le rude climat social qui règne dans la base, la poussent à trouver quelques distractions. Elle prend sans plaisir un amant de circonstance parmi les pêcheurs de la ville voisine, et tente sans grand succès de s’intégrer au groupe des femmes qui reproduisent de façon inversée la structure hiérarchique des sous-mariniers. La femme du commandant règle ainsi la vie des épouses et tente par tous les moyens de lutter contre les forces centrifuges qui menacent la cohésion de la petite colonie des femmes. Mais un jour la rumeur se répand que les communications ont été brutalement interrompues avec le sous-marin, que celui-ci aurait sombré. L’inquiétude puis l’angoisse gagnent ces femmes les unes après les autres, qui n’ont plus pour avenir prévisible que de s’imaginer en veuves faiblement pensionnées, sans ressources pour survivre avec leurs enfants. La peur puis le désespoir les gagnent, certaines se noient dans l’alcool et vont même jusqu’au suicide. Parmi ces femmes pourtant, l’une, et ce n’est pas un hasard est une jeune native de la région (Peut-être d’origine Lapone ou Samit). Une très belle scène montre son appartement dans lequel elle a reconstitué une hutte traditionnelle, tapissées de peaux et de fourrures comme celles de son peuple. Proche de la nature environnante, encore pénétrée de l’esprit de ses ancêtres, elle accueille plus sereinement la nouvelle de la mort de son jeune mari comme si elle pensait à une sorte de retour vers ses origines.
Léna, elle, trouve son salut dans la découverte des lettres de l’ancienne compagne de son mari, dont on lui avait caché l’existence. Femme-enfant fragile, professeur de dessin, ne supportant plus le climat polaire et son obscurité, elle était tombée dépressive. Pyromane, elle avait été évacuée discrètement de la base vers un hôpital psychiatrique où elle était tombée dans l’oubli. La quête rédemptrice de Léna la portera à retrouver, à recueillir puis à soigner cette jeune femme, brisée par les traitements psychiatriques, brisée par sa vie dans la base et par l’attente. Le film se termine par une très belle image, sans doute allégorique. Terrorisée par l’obscurité (d’où son attrait pour le feu), la jeune malade est prise de panique par une énième coupure d’électricité, mais un évènement survient, Léna la porte dehors pour contempler les lueurs magnifiques d’une aurore boréale qui illumine la nuit. Au cœur des ténèbres une lueur d’espoir est envoyée à ces deux jeunes femmes dont on devine que leurs destins sont dès lors inexorablement liés.
Film "La honte" de Yusup Razykov
Il y aurait beaucoup à dire sur ce film, ses cadrages serrés, son atmosphère oppressante mais aussi parfois envoûtante, ses plans fixes, ses gros plans sur les visages qui distillent mieux que les discours, l’angoisse et la déréliction des personnages. Parfois quelques plans larges sur la toundra, les montagnes et les lacs enneigés rappellent la beauté mais aussi l’âpreté d’un pays qui n’est pas fait pour les hommes, pas plus que pour leurs machines. Il en prend presque une allure fantastique.
Le titre à rebours pourrait être considéré comme énigmatique : la honte est-elle celle d’un système économique et social qui abandonne même jusqu’à son armée, ses soldats, les familles de soldats ? Est-elle celle de Léna qui trompe son mari pour survivre à l’angoisse de l’attente ? Est-elle celle d’une patrie (le terme est souvent employé de façon ironique dans les dialogues) qui abandonne ses femmes et ses enfants ? Est-elle simplement celle des hommes dans leur refus d’obéir aux lois de la nature ? C’est certainement tout cela à la fois.
Une phrase lancée par une femme après l’annonce de la catastrophe en donne les clés « il nous faudrait une guerre, une bonne guerre, au moins on s’occuperait de nous »
Je ne voudrais pas finir sur cette note de pessimisme, même si le film en est empreint. Comme tant d’autres il dénonce l’absurdité d’une armée héritée de la guerre froide et qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, fonctionnant par réflexe patriotique, comme tant d’autres il dénonce les ravages de l’alcool, le machisme, l’incompréhension entre les hommes et femmes de ce pays porté autrefois par un idéal qui n’est plus.
Mais Yusup RAZYKOV, dans une mise en scène austère mais aussi parfois poétique nous livre les clés de la rédemption de ce pays, et ce n’est pas un hasard s’il n’a fait que nous montrer des femmes principalement. C’est que pour paraphraser Aragon, si la femme est l'avenir de l'homme, elle est sans nul doute l’avenir de la Russie. C'est je crois le sens du dernier et magnifique plan de ce film.
Vous aurez compris que j’ai beaucoup aimé ce film poignant et austère que je vous recommande de voir et aussi l’interprétation splendide des actrices, en particulier Maria Semenova que j’espère retrouver dans d’autres films, pourquoi pas l’année prochaine ?
Philippe Surville

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 13:39

"Le Géographe a bu son globe", 1er prix du festival du film russe à Honfleur, 1 déc. 2013. Film d'Alexandre Veledinski, avec Konstantin Khabenskii, d'après le roman d'Alexei Ivanov.

Film: "Le Géographe a bu son globe" d'Alexandre Veledinski
"Le géographe a bu son globe", c'est ce que chantent les élèves à leur professeur dilettante. Ils le bousculent et le provoquent, par jeu, par dépit, peut-être aussi le voient ils comme un des leurs.
Je l'aime bien ce géographe, il traverse sa vie chaotique, et au gré des rencontres, du hasard et de la nécessité, et malgré la gravité, malgré la fatalité, il sait rester léger.
Il est plein d'une sincérité redoutable et salutaire, ses envies sont simples et il n'a pas de vrai besoin. Sauf peut-être celui de boire, car il a soif, soif d'un amour évident, pour sa femme qui ne l'aime plus.
Alors il boit, il boit son globe, il boit son amour... et n'en doute jamais. Il fait ce qu'il sait faire le mieux : aimer.
Et moi, ce film, je l'aime bien, tout comme ce géographe , car il parle de choses essentielles, d'envie, de besoin, tout en restant léger...
Pascal Coquerel
Film: "Le Géographe a bu son globe" d'Alexandre Veledinski

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 17:10

Le Café de Images  d’Herouville St Clair annonçait en avril 2013 «deux perles du cinéma russe».

Désireux de découvrir, comme une dizaine d’étudiants du cours de russe Davaï, ces joyaux

nous avons assisté à la projection des deux films.


Le premier « Bouge pas, meurs, ressuscite », date de 1990.  C’est  un long métrage

 autobiographique de Vitali Kanevsky.  L’action se situe  dans un petite ville d’Extrême Orient

 soviétique. Valerka, le personnage principal a 12 ans, il vit seul avec sa  mère. Ils vivent près

 d’un camp de prisonniers japonais. L’atmosphère est lourde dans le village. C’est la misère,

 l’inconfort, le froid, la boue. C’est  dans ce milieu que l’adolescent va faire l’apprentissage

de la vie. Laissé à lui-même il se «débrouille»,  chaparde. La milice le surveille. Il risque très

gros s’il se fait prendre. Une adolescente de son âge Galia est plus sage que lui. Elle voudrait

l’aider à sortir de ce milieu. Elle ne réussit pas à le convaincre... Il s’enfuit, Galia le suit ;

Valerka se lie à une bande de trafiquants. L’affaire finit mal...


Valerka pourra-t-il  s’échapper ?


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Tout dans ce film est noir, triste, glauque, sans espoir. C’est l’analyse  réussie de la vie d’un

 adolescent vivant  dans des conditions déplorables et dures  dans une zone de détention à

 l’époque soviétique.


Ce film recevra  "la Camera d’or" à Cannes en 1990.

 

Jacques Péronne.

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 08:44

Je ne pensais pas qu’après une journée de travail, ni plus gaie ni plus triste que d’habitude, en ouvrant un petit livre, acheté il y a quelque temps, je déviderai une bobine d’où s’étire un fil secourable que je souhaite vous tendre.

 

La traductrice est un court récit d’une trentaine de pages écrit par Efim Etkind, théoricien de la traduction, russe, dissident, et ami loyal de dissidents, qui a émigré en France contraint et forcé au début des années 70. Le récit a été traduit par Sophie Benech et édité, par sa maison d’édition Interférences.

 Etkind 2

 

Honneur revient à la traductrice. Je commence donc par vous parler d’elle et de sa vie. On peine à croire le récit d’Etkind qui qualifie lui-même cette femme « de grande originale ».

Elle s’appelait Tatiana Grigorievna Gnéditch. Elle était passionnée de langue et de poésie classique anglaise. Elle a traduit les 17 000 vers, en huitains, du Don Juan de Byron. Exploit en soi. Elle les a traduits de mémoire, sans la version originale sous les yeux, puis a retranscrit ses traductions mémorisées sur de méchants bouts de papier du fond d’une cellule du NKVD à Leningrad à la fin de la Grande Guerre Patriotique. En état d’arrestation dans une cellule infecte, reconnue coupable de motifs fous ; elle se souvient, traduit et mémorise. La rencontre avec un geôlier cultivé qui a mesuré l’importance de cette œuvre lui a permis de la mettre sur le papier puis de la faire sortir de prison. Elle a purgé ensuite huit autres années de camp de redressement qu’elle aura mis à profit pour améliorer ses traductions en défendant bec et ongle ses tas de papier face à l’incompréhension de ses co-détenues. La traduction initiale avait été transmise à un poète et traducteur de renom, Lozinski, qui ne pouvait comprendre d’où sortait un tel miracle avant de revoir Tatiana à sa sortie de camp.

 

Le petit récit commence par des applaudissements qui retentissent à la fin de la représentation de la pièce de Byron donnée au Théâtre de la Comédie de Léningrad sur une mise en scène de Nikolaï Akimov. Une voix s’élève dans le public, puis plusieurs, pour réclamer l’auteur, ce qui pourrait prêter à sourire, sauf pour celles et ceux, avisé-es, qui peut-être connaissaient l’histoire de la traduction en russe du texte anglais. Et par ailleurs, une traduction n’est-elle pas toujours une interprétation donc une œuvre en soi ?

      Etkind 5

Théâtre de la Comédie musicale à St Pétersbourg

 

Et maintenant intéressons nous à l’auteur de ce petit récit, un monsieur qui aura fait en sorte que la mémoire, le talent et l’honneur de cette femme ne sombrent pas dans l’oubli, Efim Etkind. Cet homme sait que la poésie occupe une place dans la résistance intérieure aux dictatures, qu’elle donne la force de résister mentalement et physiquement dans des moments d’anéantissement. Il sait que le langage littéraire et poétique porte témoignage de l’histoire, de la culture d’une société pour faire sens, même dans les moments de pire désolation. Ces valeurs, il les a défendues en faisant connaître des auteurs russes interdits comme Gumiliev, fusillé en 1921, en dissimulant un exemplaire de l’Archipel du Goulag de Soljénitsyne chez lui pour permettre sa parution, en aidant le poète banni Brodski…. Etkind défend le principe de publier coûte que coûte les auteurs afin de faire connaître l’état qui règne au fil du siècle en Union Soviétique de manière à pouvoir affronter l’avenir. Il défend le principe de la Culture comme refus d’une démission généralisée de l’esprit dans les pires moments de l’histoire.

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Efim Etkind

 

Banni d’URSS en 1974, il vient en France et enseigne à l’Université Paris X. Il n’aura de cesse jusqu’à sa mort de mener un double combat culturel, au bénéfice de l’Occident et, au bénéfice de la Russie, pour qu’ils se connaissent mieux. Ce combat passe par un travail d’exigence en matière de traduction poétique. On traduit d’une culture artistique dans une autre. Cela nécessite de connaître parfaitement deux poétiques, deux histoires, deux mondes artistiques. Pour celui ou celle qui ne possède pas de double culture par la naissance et  l’éducation, il faut s’atteler à une étude approfondie ! Les vers devraient selon lui être toujours traduits en vers afin de conserver la forme originale du texte. La traduction poétique gagne à être faîte par des poètes eux-mêmes. La langue et la culture d’accueil (langue vers laquelle on traduit) sont enrichies par la traduction de poésies étrangères. On perçoit dans ces conceptions quelque chose de subversif pour un monde fermé et méfiant. 

 

Il est dit qu’il savait donner l’envie de créer de la poésie et d’en traduire. Il a inspiré à nombre de ses élèves des carrières de traducteurs et traductrices, carrières exigeantes et peu rémunératrices le plus souvent, des militant-es de la traduction !

Grâce aux passeur et passeuses de témoin de la Librairie/Salon Pouchkine à Hérouville, j’avais eu la grande chance l’année dernière de rencontrer un « auteur » inspiré par Efim Etkind, André Markowitcz. J’ai raconté dans un article publié sur ce blog mes impressions de la rencontre avec cet homme humble qui a retraduit en français toutes les œuvres de Dostoievski et, qui a produit une nouvelle traduction en vers et rimes du très célèbre poème Eugène Onéguine de Pouchkine, œuvre nationale russe par excellence. Je n’aurais pas non plus découvert La Traductrice sans ce lieu unique.

 

De ces destins, de ces talents hors norme se dégage une impression d’exception qui intimide le profane. L’admiration que l’on peut ressentir pour de pareilles personnalités ne doit pas se muer en distance froide. Andreï Markowitcz m'avait laissé une impression chaleureuse. Celles et ceux qui ont pu côtoyer Efim Etkind auraient peut-être le même témoignage. Je me dis qu'il faut être bien désintéressé pour vouer sa vie à donner à entendre la voix singulière du poète que beaucoup jugent inutile et obscure. Notre société contemporaine manque cruellement de poésie, vous ne croyez pas ?


Cécile Milcent.

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 14:22

 

Quel avenir pour les peuples autochtones de Sibérie?

 

J’ai envie de partager avec vous une lecture que j’ai faite récemment. Cette envie m’est venue d’une conversation avec Estelle, une des chanteuses du groupe de chants polyphoniques russes Lado que Davaï a invité dans le cadre des quartiers animés à Venoix. Estelle est linguiste de formation et, nous avons échangé entre autres, sur les langues oubliées de Russie, notamment les langues finno-ougriennes. Il y a plus de deux ans maintenant, j’avais eu la grande chance de me rendre au festival littéraire Etonnants Voyageurs de Saint Malo.  La fine fleur des écrivains russes contemporains était mise à l’honneur. Grâce à une jeune éditrice passionnée présente au salon du livre, j’ai pu faire la connaissance d’un auteur russe « autochtone » Erémeï Aïpine, un authentique Khantys de Sibérie. Il présentait ses ouvrages et notamment, La Mère de Dieu dans les neiges de sang (édition Paulsen, 2010). Revenue à Caen, j’avais mis le livre de côté. Je n’avais pas idée que j’y découvrirais un pan caché de l’histoire de la terreur soviétique.

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Je vais essayer de vous raconter un petit bout de l’histoire de l’épuration de peuples autochtones des riches terres de Sibérie. Les similitudes avec l’extermination de peuples Amérindiens et Inuits sont grandes.

 

En Russie, au-delà de l’Oural, dans le nord-ouest de la Sibérie, logées entre les fleuves Ob et Enisseï, s’étendent de vastes territoires aux conditions climatiques extrêmes sur lesquels vivait et vit encore un peuple autochtone quasi disparu que l’on nomme aujourd’hui les Khantys, autrefois les Ostiaks. Quelques émissions télévisées ont mis à l’honneur ces dernières années ces peuples nomades de Sibérie, non sans folkloriser leurs us et coutumes, pour alerter l’opinion publique sur la disparition des troupeaux de rennes en raison des changements climatiques.

 

Des peuples nomades autochtones sont présents sur les terres sibériennes depuis la nuit des temps. Ils appartiennent notamment à un groupe ethnique appelé les Ougriens. Ce peuple, selon la tradition orale, se serait scindé en trois. L’un s’est installé sur les bords du Danube : les Hongrois parlent une langue un groupe linguistique rare, le finno-ougrien. Un second est allé s’installer « au bout de la terre » en Laponie, ce sont les Saames ou Samis. Une représentante célèbre de ce groupe ethnique a fait revivre sa langue, sa culture, sa musique au tambour rituel, ses chants de gorge : il s’agit de Mari Boine. Elle a su marier musique traditionnelle et moderne pour se faire le chantre du renouveau culturel des Samis. Un troisième groupe s’est établi entre les fleuves Ob et Enisseï : il s’agit des Ostiaks, des Vogouls et des Nénétses.

 

Erémeï Aïpine est un Ostiak. Il est écrivain, poète, homme politique, peut-être chaman. Il a décidé de faire revivre sa culture pour que son peuple ne disparaisse pas dans le néant à la manière d’autres peuples de Sibérie. Ces peuples, il les a rappelés à la vie par sa parole à l’occasion d’un discours-poème prononcé à l’ONU en 1994 lors de la cérémonie d’ouverture de la Décennie Internationale des Peuples Autochtones.

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( Erémeï Aïpine )

 

Dans son livre La Mère de Dieu dans les neiges de sang, Aïpine nous conte de manière réelle et allégorique, le soulèvement de quelque 80 familles d’Ostiaks et de Vogouls pendant l’hiver 1933-1934, soulèvement décidé à la suite de la profanation du sanctuaire des ancêtres, ultime provocation du pouvoir bolchevique après le vol des terres, l’interdiction du culte chamanique, le travail forcé, la collectivisation forcée et la russification forcée des enfants, enlevés à leur famille et élevés dans des internats... Ce soulèvement a été réprimé avec une cruauté indicible par le massacre systématique de milliers d’Ostiaks pendant l’hiver 33-34, puis lors de nombreuses expéditions punitives les années suivantes.

 

Les familles de chamans ont été particulièrement persécutées ; Erémeï Aïpine est issue d’une de ces familles. Les éleveurs de rennes et leurs familles ont été dékoulakisés, c’est-à-dire privés de leurs biens et envoyés au goulag; les animaux, soutiens indispensables des hommes dans des régions inhospitalières, ont été mitraillés à plaisir.

 

Le livre met en scène une femme, la Mère des Enfants qui après avoir perdu son mari et son fils aîné, va perdre un à un ses enfants Anna, Roman, Maria, sauf peut-être le petit dernier Savva, avant de sombrer à son tour dans le néant.

 

Ce livre est un témoignage littéraire rare. Il est rude à lire, sans échappatoire et, on peut être surpris par l’affection que l’auteur témoigne à la famille impériale massacrée. L’invasion de la Sibérie au-delà de l’Oural à l’instigation dans un premier temps de riches marchands, comme la famille Stroganov, s’est faite dans le sang. Le Tsar Ivan le Terrible (Ivan IV) voyant l’intérêt que l’Etat russe aurait à étendre son influence dans ces contrées prêtera main-forte aux commerçants en envoyant des cosaques pour soumettre à la fin du XVIe siècle de nombreux peuples autochtones. Ensuite il fera installer des fortins (ostrog) pour asseoir son autorité. L’un de ces bastions est resté célèbre : Berezov. Il a longtemps servi de lieu de relégation de prisonniers politiques de renom comme le prince Menchikov, compagnon d’arme et ardent défenseur du projet politique de Pierre le Grand. Il y finira ces jours dans le dénuement. Plusieurs Décembristes y furent également exilés.

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( tableau de Vassili Sourikov "Menchikov à Bérézov" )

 

Si Aïpine mentionne dans son livre ces éléments de l’histoire russe et témoigne ainsi de son intérêt pour les Russes, en revanche, dans les livres d’histoire de la Russie ou de la Terreur des années 30, on ne trouve quasi aucune si ce n’est aucune mention des peuples autochtones comme les Ostiaks. Ces oublis volontaires ou forcés renforcent le message d’Erémeï Aïpine que l’on peut interpréter comme l’espoir d’une rencontre toujours possible malgré la conquête, la russification, le racisme, la cruauté.

 

Dans son récit, il est question d’un Russe blanc qui échoue à demi mort près du campement d’hiver de cette famille Ostiak. La Mère, le Père et les enfants vont l’accueillir sous leur tchoum (tente d’hiver) et le faire revenir à la vie par leurs soins et leurs attentions, leur pharmacopée traditionnelle et les incantations. Ils vont l’initier à leur langue, à leur mode de vie et au sens profond de leur être, que l’on peut traduire comme la défense coûte que coûte de toute vie terrestre quelle qu’elle soit. La vie est trop rare et fragile dans ces contrées au climat hostile pour oser la supprimer. Rétabli, il gagnera l’Europe pour échapper à la barbarie et tenter de trouver la paix intérieure.

 

Neuf ans après le plaidoyer d’Erémeï Aïpine à l’ONU, qu’en est-il aujourd’hui de la destinée des peuples autochtones de Russie ? Sont-ils parvenus, confrontés à l’influence des peuples allogènes et dans un contexte difficile de changement climatique, à trouver une voie entre tradition et modernité qui leur permette de préserver leur essence propre ?

 

Cécile Milcent.

 

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 17:49
Le cinéma russe renferme des joyaux malheureusement ignorés du public français.
 
Le cinéma russe était célébré à Honfleur pour la 20e année consécutive à l’occasion de son festival qui s’est déroulé en novembre dernier. Tout au long de ces années, de grands noms se sont succédé derrière la caméra et en tant que membres du jury pour désigner les meilleures réalisations. Pourtant la diffusion du cinéma russe en France reste confidentielle. Jusqu’aux années 1990, le cinéma russe et soviétique était l’un des plus importants d’Europe. Il suffit de citer les noms d’Eisenstein et de Tarkovski pour mesurer le degré de qualité et de recherche plastique de ce cinéma. La disparition du bloc soviétique a généré un problème de financement des studios de production nationaux (MOSFILM, LENFILM, GORKI FILM, …) Seuls quelques grands réalisateurs, à de rares exceptions, comme Nikita Mikhalkov, Pavel Lounguine, Alexandre Sokourov, Andreï Zviaguinstev, tous reconnus par leurs pairs dans les grands festivals de films européens au cours de ces 20 dernières années, ont pu voir leurs films traduits et diffusés sur les écrans français.
 
Des membres et ami-Es de l’association DAVAÏ ont eu la chance de pouvoir participer à un voyage collectif organisé le jour de clôture du festival pour profiter d’une journée « particulière » - pour voir les films primés, écouter un spectacle de poésie russe sur le thème de l’amour proposé par l'actrice russe Ella Gontcharova, et rencontrer un artiste dont on peine à réaliser quelle fut sa vie. Nikolaï Dronikov, un peintre impressionniste exposé à la galerie Danielle Bourdette-Gorzkowski à Honfleur a connu, fréquenté et tiré le portrait de tous les grands noms de la dissidence russe du XXe siècle.
          
(réalisation de la vidéo : Philippe de la Caze)
J’aimerais vous porter témoignage d’un « clin d’œil » du cinéma russe fait au cinéma soviétique par Viktor Shamirov réalisateur d’un des films primés cette année, Voilà ce qui m’arrive ("Со мною вот что происходит"). Le titre constitue en lui-même un clin d'oeil.
Il existe un film culte réalisé en 1975 par Eldar Riazanov, figure emblématique de la comédie soviétique, Ironie du sort ou С лёгким паром que je ne me risque pas à traduire, c'est la "russian touch" (la vapeur qui exhale du corps après le bain). Ce film continue d’être vu chaque nouvel an par des millions de téléspectateurs ; c’est un des rendez-vous en famille au moment des fêtes !
 
Premièrement, dans ce film (Ironie du sort), le réalisateur souligne de manière ironique un fait de société. Il nous propose, en zakouski, un petit film d’animation qui met en scène l’uniformisation massive de la construction soviétique de l’époque. Ainsi toutes les banlieues des grandes villes sont construites sur le même modèle, mêmes immeubles, mêmes noms de rue, mêmes parcs pour enfants, mêmes kiosques au coin des rues…véritable capharnaüm dans lequel les habitant-Es eux-mêmes ont du mal à se retrouver.
     
Deuxièmement, il fait référence à une tradition russe. Entre copains au moment du nouvel an, on va au bania (c’est à dire au sauna russe) où on emmène outre les branches de bouleaux fraîches pour se fouetter le corps, force bouteilles de vodka, bières et autres liqueurs.
L’histoire, construite sur le stratagème d’une blague entre copains, peut commencer. Le plus réservé des copains, Génia, un jeune médecin moscovite, pas encore marié qui vit avec sa mère, va être envoyé alors qu’il est soûl à Leningrad ! Un chauffeur de taxi va le conduire à l’adresse qu’il indique, 3e rue des Constructeurs, immeuble 25, appartement 12. Avec un peu de mal, il arrivera à rentrer dans l’appartement et à se coucher. La véritable propriétaire, Nadia, professeur de littérature à Leningrad, rentre chez elle et va découvrir cet individu ivre chez elle, alors qu’elle attend son fiancé. Et cela donne une comédie romantique fameuse, parsemée de chansons interprétées alternativement par Génia et Nadia sur les thèmes de l’amitié, de l’amour, …un véritable conte de fées moderne rempli de scènes cocasses, de dialogues drôles, d’attendrissements, d’attentes angoissées… « La vie » dans le microcosme d’un appartement en cours d’aménagement perché en haut d’une tour. Génia et Nadia, qui ont des difficultés à trouver chaussure à leur pied, vont se chanter des chansons et s’aimer comme au temps des amours courtois….
 
Eldar Riazanov pour faire rire ou pour attendrir les spectateurs joue sur les clichés. Par exemple, la femme russe belle, cultivée, sensible, sachant jouer de la musique et chanter des poèmes magnifiques des poétesses Tsvetaeva, Evtouchenko, Akhatovna… L’actrice est doublée par Alla Pougatcheva, monstre sacré de la chanson soviétique. Le jeune homme russe, intellectuel, dévoué à son pays, attaché à sa mère, assez réservé qui a de la peine à s’affirmer ou, son opposé, un homme qui sait ce qu’il veut dans la vie et comment y parvenir, emporté voire violent, qui veut une femme pour parfaire le tableau de sa réussite sociale.
 
Dans son film dont le titre n’est autre qu’une des chansons chantées par Génia dans le film Ironie du sort, « Voilà ce qui m’arrive », Viktor Shamirov choisit de mettre en scène deux frères que tout oppose la veille des fêtes de fin d’année. La plupart du temps, ils sont à l’arrêt dans des embouteillages monstres à Moscou et sont coincés dans l’habitacle d’un 4x4. C’est l’état de santé de leur père qui arrive à la fin de sa vie qui les a réunis à la capitale. Sania est l’aîné, il doit absolument rentrer dans sa ville natale pour partager les fêtes avec sa femme, ses enfants et ses parents. Peu soigné, il est rêveur, c’est l’intellectuel que personne n’écoute, il veut faire de son mieux mais semble toujours décalé. Le cadet, Artiom, c’est le bel homme, d’allure sportive, habillé à l’occidental façon La City, il est avisé, réfléchi, rationnel, il travaille dans les affaires. Il connaît Moscou comme sa poche. Il n’est jamais pris au dépourvu ; il peut tout régler ; rien ne lui semble impossible.
 
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L’aîné n’arrive jamais à temps nulle part, à l’aéroport ou au train express qui l’emmènerait à l’aéroport. C’est un « homme de trop » qui reste coincé dans un lieu où il n’a rien à faire et à un moment tout à fait inopportun ; il dérange son frère qui prépare une soirée manifestement cruciale pour lui. Le cadet compose toujours malgré les éléments inopportuns ; il fait face ; il sait s’adapter. C’est un homme moderne que rien ne désarçonne.
Là où l’histoire devient cocasse, c’est quand on comprend qu’Artiom et ses associés se disputent la répartition de chansons qu’ils souhaitent interpréter pour leur patron lors d’un gala où ce serait l’occasion de se faire valoir. Le répertoire est composé des chansons du film Ironie du sort qui, mal interprétées et hors contexte, deviennent drôles. C’est un clin d’œil amusé du cinéma russe au cinéma soviétique qui se place dans la tradition de la comédie soviétique. C’est un film qui s’amuse des genres cinématographiques comme le couple formé par deux frères que tout oppose. C’est un film dont la personnalité des protagonistes s’appuie sur des personnages littéraires qui ont façonné la littérature de la fin XVIIIe et du XIXe siècles ; l’homme de trop opposé à l’homme nouveau.
     
Et je n’ai pas encore parlé de tous les à côtés du film dont on peut faire une lecture plus sociologique et psychologique. Les deux frères dans leurs tours et détours vont prendre en charge une adolescente : la fille de la voisine. Celle-ci essaie de se remettre en ménage avec un homme et, chaque fois, le résultat semble être la violence dont la fille essaie de se protéger. L’ado cherche à rejoindre son père pour les fêtes. Celui-ci a refait sa vie avec une femme plus jeune qui ne veut pas recevoir cette belle-fille pour le réveillon. C’est cruel pour cette jeune fille qui est bien obligée de se faire une raison.
 
film russe 
Il y aurait beaucoup à dire des portraits de femmes du film : ils sont truculents, de la gentille maman de Sania et Artiom, à l’épouse autoritaire et castratrice de Sania en passant par la maîtresse d’Artiom qui est prête à beaucoup de sacrifices et qui au final se fait jeter ! Et que dire du rôle de père : mourant, absent ou désavoué.
 
Ce petit film drôle par bien des aspects nous décrit une société dans laquelle les couples et les familles ne vont pas bien. Mais pour autant les traditions se perpétuent ! Les protagonistes iront finalement boire le champagne sur la Place Rouge pour fêter l’arrivée de la nouvelle année en famille, une famille recomposée par les circonstances.
 
Cécile Milcent.

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